Bugnes : la recette de ma grand-mère, pas à pas

Bugnes dorées et croustillantes saupoudrées de sucre glace sur une table en bois

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Ajustez les proportions de la recette selon le nombre de bugnes souhaité.

Ingrédients nécessaires

Temps de lecture estimé : 7 minutes

Points clés à retenir

  • Huile à 170-180°C pour des bugnes croustillantes non grasses
  • Reposer la pâte 1h à 24h au frais pour un étalage facile
  • Étaler finement entre 2 et 5 mm avant découpe
  • Sucrer les bugnes chaudes juste après friture
  • Se conservent 2 à 3 jours en boîte hermétique

Qu’est-ce qu’une bugne et d’où vient cette recette

La première fois que j’ai vu ma voisine ardéchoise étaler sa pâte à bugnes sur la table de la cuisine, elle m’a corrigée tout de suite : « Ici, on dit bugne, pas beignet. » Le mot vient du francoprovençal bugne, qui désignait à l’origine une bosse ou une enflure, allusion directe à ce petit gonflement caractéristique une fois la pâte plongée dans l’huile chaude.

Lyon et sa région revendiquent la paternité de la recette, mais chaque coin de France a sa version. Les merveilles du Sud-Ouest sont plus épaisses et parfumées à la fleur d’oranger, les oreillettes du Languedoc se travaillent en formes plus fines et croustillantes. Ce sont toutes des cousines, nées du même geste : une pâte frite, sucrée, pensée pour les jours de fête.

Ce n’est pas un hasard si la bugne domine les tables de Mardi Gras et du Carnaval. Autrefois, on épuisait avant le Carême les réserves de beurre et d’œufs, denrées interdites pendant quarante jours. Frire une pâte riche était donc à la fois un plaisir et une façon pratique de vider le garde-manger.

Les 5 clés d'une bugne réussie : 1. Pâte au repos, 2. Étalage fin, 3. Friture à bonne température, 4. Sucrage à chaud, 5. Conservation

Les ingrédients de la recette de grand-mère

Pour environ 40 bugnes craquantes, il faut compter 500 g de farine, 3 œufs, 80 g de sucre, 80 g de beurre fondu et une pincée de sel. Le beurre apporte le fondant, les œufs lient la pâte et donnent sa couleur dorée, le sucre parfume sans alourdir.

La levure mérite qu’on s’y attarde, car c’est elle qui fait toute la différence entre une bugne plate et une bugne qui gonfle joliment à la cuisson. Certaines recettes misent sur la levure chimique, plus rapide et fiable pour un débutant. D’autres, comme celle qui utilise 42 g de levure de boulanger fraîche pour 500 g de farine, donnent une bugne plus moelleuse, presque briochée.

Côté parfums, le trio classique reste le rhum, la fleur d’oranger et le zeste de citron. Je ne suis pas objective, et je l’assume : chez moi, c’est toujours rhum et zeste de citron ensemble, jamais l’un sans l’autre. La fleur d’oranger, plus délicate, convient mieux à qui n’aime pas l’alcool dans les desserts.

Préparer la pâte à bugnes étape par étape

On commence par mélanger les ingrédients secs. Farine, levure, sucre, sel — avant d’incorporer les œufs battus et le beurre fondu tiède. Le geste doit rester souple : pas besoin de brasser énergiquement, juste de faire venir la pâte à elle.

  • Mélanger farine, sucre, sel et levure dans un grand saladier
  • Ajouter les œufs battus, le beurre fondu et les arômes choisis
  • Pétrir 8 à 10 minutes jusqu’à une pâte lisse, souple et élastique
  • Filmer et laisser reposer au frais

C’est le repos qui change tout dans le résultat final. Pendant ce temps, le gluten se détend, ce qui rend la pâte beaucoup plus facile à étaler finement sans qu’elle ne se rétracte. La levure, elle, continue son travail lent.

Comptez au moins une heure au réfrigérateur, jusqu’à 24 heures pour les plus organisées. J’ai testé les deux versions dans ma cuisine ardéchoise : la pâte reposée toute une nuit s’étale sans effort, presque toute seule sous le rouleau.

Façonner les bugnes comme une grand-mère lyonnaise

L’épaisseur, c’est le secret que peu de recettes détaillent vraiment. Il faut étaler la pâte entre 2 et 5 mm, pas plus. Plus elle est fine, plus la bugne sera craquante à la cuisson ; une pâte trop épaisse donnera un résultat pâteux au centre, même bien frit. Pour visualiser le geste exact du façonnage, cette vidéo d’Un jour Une recette détaille bien le travail de la pâte et le nœud caractéristique.

Une fois la pâte étalée, on découpe des rectangles ou des losanges d’environ 8 cm sur 5 cm à la roulette cannelée — c’est elle qui donne ce bord dentelé si reconnaissable. La roulette n’est pas qu’esthétique : elle scelle un peu les bords et limite l’absorption d’huile pendant la friture.

Le geste final, celui qui fait la bugne, c’est l’entaille centrale suivie du nœud. On fend le rectangle en son milieu sur quelques centimètres, puis on passe une extrémité dans la fente pour former une torsade légère. C’est le genre de détail qui change tout à l’œil, et qui prend deux tentatives à peine pour être maîtrisé.

Réussir la friture sans que les bugnes gorgent d’huile

La friture est le moment où tout peut basculer. La température de l’huile doit se situer entre 170 et 180 °C. En dessous, la pâte absorbe l’huile au lieu de cuire vite ; au-dessus, elle brunit trop tôt en restant crue à l’intérieur.

Sans thermomètre, on peut tester avec un petit morceau de pâte : s’il remonte à la surface en quelques secondes en formant des bulles régulières, l’huile est prête. Pour une fournée moyenne, comptez environ 1 litre d’huile.

Il faut frire par petites quantités, quatre ou cinq bugnes à la fois maximum. Trop en mettre d’un coup fait chuter la température de l’huile, et c’est exactement ce qui produit des bugnes molles et grasses. Le temps de cuisson est court : 1 à 2 minutes par face pour des bugnes fines, à peine plus.

Sucrez toujours à la sortie de l’huile, sur des bugnes encore chaudes mais bien égouttées sur papier absorbant. Le sucre colle sur la surface tiède et croustillante, pas sur une bugne froide où il glisse.

Pourquoi mes bugnes ne gonflent pas ou sont dures

C’est la question que je reçois le plus souvent quand j’évoque cette recette. Trois causes reviennent presque toujours, et elles se corrigent facilement une fois identifiées.

  • Levure absente ou mal dosée : sans agent levant suffisant, la bugne reste plate et compacte, même bien frite
  • Pâte trop épaisse ou pas assez reposée : le cœur cuit mal, la texture devient caoutchouteuse au lieu d’être craquante
  • Huile pas assez chaude : la bugne gonfle peu et absorbe le gras au lieu de le repousser en surface

Un autre piège classique : les bugnes trop cuites. Passé deux minutes dans une huile bien chaude, elles foncent vite et deviennent sèches à cœur. À garder précieusement, ce repère de couleur : dès qu’elles atteignent un doré blond, il faut les sortir sans attendre.

Conserver et varier la recette traditionnelle

À température ambiante, dans une boîte hermétique, les bugnes se gardent 2 à 3 jours. Les versions lyonnaises les plus fines et croustillantes tiennent parfois moins, autour de deux jours, car elles sèchent plus vite que les bugnes moelleuses. Pour prolonger le plaisir, la congélation fonctionne bien : quelques minutes au four tiède suffisent à leur redonner du croquant.

Au-delà de Lyon, les variantes régionales méritent le détour. En Savoie, les bugnes sont souvent plus épaisses et parfumées au rhum pur. À Saint-Étienne, on les appelle parfois différemment mais le geste du nœud reste identique, avec une pâte parfois légèrement plus sucrée.

Pour varier sans trahir la tradition, on peut ajouter un peu de zeste d’orange à la pâte, ou tremper les bugnes tièdes dans un chocolat fondu léger. Il faut y aller une fois dans sa vie, au moins pour comprendre pourquoi cette pâtisserie traverse les générations sans jamais lasser personne autour d’une table de Carnaval.

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